Interview de François-Xavier JEULAND, fondateur et président de la FÉDÉRATION FRANÇAISE DE DOMOTIQUE (20/03/2015)

 

 

Interview-FX-Jeuland

 

François-Xavier JEULAND, fondateur et président de la fédération française de domotique, membre de la Smart Building Alliance et auteur du livre « la maison communicante », nous fait part de ses convictions sur le futur de la maison connectée.

 

 

 

 

Le design est l’architecture sont-ils impactés par les innovations de la domotique ?

 

Les architectes d’intérieur et les décorateurs commencent à s’intéresser de très près à la domotique car elle leur ouvre effectivement de nouveaux horizons. Les fabricants ont fait d’énormes efforts en termes de miniaturisation, d’esthétique et d’ergonomie sur les écrans et les commandes, c’est à dire ce que l’on voit généralement de la domotique. Ils y trouvent également une promesse de convergence et de simplification dans l’utilisation du logement qui embarque de plus en plus d’équipements hétérogènes. Enfin, l’innovation domotique commence à impacter sérieusement le travail de l’architecte lui-même dans l’acte de conception du bâtiment en ce qui concerne notamment l’enveloppe, les façades dynamiques ou l’optimisation énergétique [ndlr : comment la gestion active des équipements dans le bâtiment permet de réduire la consommation d’énergie ?

 

 

 

Pourquoi avoir créé une Fédération de la domotique ?

 

La domotique évolue très vite. Elle fait converger de nombreuses filières et métiers différents. Notre idée de départ était de mettre autour de la table l’ensemble des métiers des filières concernées. On a trop souvent tendance à négliger  l’aspect global de la domotique. Or elle intègre les notions d’énergie, d’objets connectés, de Télécom, d’électroménager ou encore d’audiovisuel. Tous ces métiers doivent être partie prenante dans le renouveau de la domotique et dans l’avènement du marché de l’habitat connecté.

 

La démarche de fédération, lancée il y a deux ans, reflétait cette approche globale. Aujourd’hui, nous avons 160 membres. Tous les métiers sont représentés. Nous avons des opérateurs comme Orange, des fournisseurs d’énergie comme EDF, des fabricants comme Siemens  etc. Nous avons accueilli des gens de la conception : constructeurs, architectes, bureaux d’étude ainsi que 88 domoticiens-intégrateurs qui représentent environ la moitié de nos membres. Ils ont besoin de se retrouver dans des structures qui leur permettent de dialoguer avec les fabricants, les distributeurs,  les chercheurs. Ils ont besoin d’une vision globale de ce qui existe et va exister, ainsi que d’une approche prospective. Ils ont également besoin de partager leurs compétences. En effet, personne ne peut dire qu’il maitrise l’ensemble de la domotique, tant il y a de nouveautés.  A travers les travaux des commissions, nous leur offrons de nouvelles perspectives et de la veille technologique, ce qui leur permet de développer des compétences complémentaires. Pour 2015, nous nous orientons vers le thème de la maison connectée : la domotique 2.0, qui nous tient tous à cœur.

 

 

 

Comment la domotique est-elle devenue cruciale ces dix dernières années ?

 

Longtemps, la domotique a été réservée à 3 secteurs : le bâtiment tertiaire, avec la Gestion technique du bâtiment (GTB), pour la gestion de l’énergie, très lourd, mais très efficace. Le second domaine était celui du luxe (villas et appartements de prestige). Enfin, il y avait le secteur du handicap, pour donner de l’autonomie à des personnes handicapées.

Au fil du temps, notamment sous la triple impulsion de l’apparition des smartphones/ tablettes, de la prise de conscience environnementale et de l’internet des objets, une convergence s’est mise en place, pour dessiner un monde du smart building très dynamique, dans les domaines du tertiaire, de l’hôtellerie, de la silver économie, de la maison passive et de l’habitat connecté.

 

 

 

Comment l’internet des objets va-t-il bénéficier au smart building ?

 

Avec la GTB et les systèmes traditionnels, on était dans une impasse. On ne peut pas en effet généraliser et démocratiser à grande échelle ces solutions, notamment pour des raisons financières : ce sont des systèmes qui coûtent cher et sont lourds à maintenir.

L’internet des objets, quant à lui, est abordable. On peut commencer sur de petites fonctions. On a tous chez soi des réseaux et l’infrastructure existe déjà. L’internet des objets permet de démarrer petit et de s’adapter au fil de ses besoins.  On arrive à cette génération 2.0 qui réconcilie le monde de l’IT et celui de l’énergie. Tant que ces deux mondes étaient cloisonnés, on était dans une impasse.  Aujourd’hui, il y a un vrai avenir, une convergence.

 

 

 

Quelles seront selon vous les principales évolutions à attendre dans la domotique dans les années à venir ?

 

Il y a tellement d’enjeux et d’entreprises qui sont impliquées dans la recherche et développement que cette convergence va se faire lentement. Entre la domotique 1.0 et 2.0, on assiste à une évolution vers la mise en place d’un vrai protocole de convergence. Parce que l’IT permet de passer outre la guerre de l’interopérabilité.

 

Mais lorsqu’on voudra la vraie performance, la vraie fiabilité, des vrais produits grand public pérennes, je pense qu’on aura besoin d’une nouvelle plateforme. Des Google, des Apple, des Samsung travaillent sur ces sujets.  Cela va permettre à tous les acteurs, que ce soit des fournisseurs d’énergie, des opérateurs ou des grandes surfaces de travailler dans le même sens. Aujourd’hui, il y a encore beaucoup d’offres qui ne sont pas cohérentes, ce qui empêche à long terme, d’avoir des solutions pérennes.

 

Une nouvelle plateforme mettra tout le monde d’accord, comme l’IP en informatique il y a 20 ans. On n’a pas encore l’IP du smart building : c’est sans doute la prochaine évolution. A plus long terme, on s’attend au développement de la notion d’intelligence artificielle.

 

Aujourd’hui on est encore dans la notion de pilotage, de contrôle commande etc.

A terme, un smart building réussi est un bâtiment dans lequel la technologie sera invisible. Bien sûr, il faudra garder la main. Mais 99% du temps, un building doit être autonome, sensible, capable d’anticiper, d’apprendre de l’utilisateur et de le décharger  de toute la gestion. Personne n’a envie de gérer sa maison en se levant le matin.

 

Aujourd’hui, une maison, c’est quelques objets connectés. Demain, il s’agira de plusieurs centaines. Il va falloir de la technologie, de la puissance de calcul, des processeurs. Il va falloir des solutions pour gérer tout cela. Entre les deux, il y aura sans doute une étape de simplification. Il faudra faire de la pédagogie et mettre le système domotique dans les mains de l’utilisateur. Pour résumer, je crois qu’il y a au moins 3 étapes à attendre dans l’évolution de la domotique :

    – plus de cohérence au niveau de la plateforme.

    – plus de cohérence au niveau des interfaces.

    – un bâtiment relativement autonome, sensible à son environnement.

 

 

 

Quels sont les services dans le smart building qui peuvent être contrôlés à distance, décentralisés ?

 

Les objets connectés permettent d’envisager quasiment tout dans le cloud : traitement, stockage, pilotage, analyse, mise en relation, excepté la notion de mesure. Il y a un moment où il faut savoir ce qui se passe dans un bâtiment, ce qui est forcément local. C’est le rôle des capteurs et détecteurs.

En fait, tout le futur du smart building pourrait être imaginé dans le cloud car on peut y faire dialoguer les équipements de la maison, même s’ils ne parlent pas le même langage. Cela nécessite de vrais réseaux, de la bande passante, mais surtout de la redondance. Lorsqu’on a pratiquement toute l’intelligence du bâtiment à l’extérieur, il faut être rassurant. La technologie n’est acceptée que si l’utilisateur est rassuré. C’est le monde du « zéro défaut » dans lequel on n’est pas encore entré. Mais à partir du moment où on aura réglé ces questions de redondances, pratiquement toutes les fonctions pourront être exportées.

Comment ces dispositifs changent-ils  la façon dont l’humain se comporte dans les buildings ?

L’humain n’a pas envie de passer du temps à gérer son environnement. La technologie doit nous décharger de toute cette partie-là. Le premier effet de ces technologies, c’est de rassurer l’utilisateur. Je veux la certitude que, quoi qu’il arrive, mon bâtiment saura gérer l’événement. Si on me dit qu’on va répondre à mes préoccupations, consommer le moins possible, assurer mon confort et garantir ma sécurité, je vais pouvoir me décharger de cette partie-là. Je crois que c’est ce que l’on attend de ces technologies. Schématiquement, on peut faire un parallèle avec l’informatique. Le smart building en est là où était l’informatique il y a 30 ans. A la vitesse où vont les choses, on n’aura vraisemblablement pas besoin de 30 ans pour arriver au plug and play dans la domotique.

 

 

 

 

interview du 27/02/2015 – source : www.efficacite-electrique.fr